samedi 31 mars 2018

Pépé et Johnny...

Ca y est : j'suis immuno-déprimée. Déprimée, ce seul mot rend hilare Chéri-Chéri.
J'arrive en salle d'injections pour la cure. Bernado est là avec son épouse bien sûr. Mon Bernado n'est pas au top. Il a en marre. Dans la semaine, il a passé une nuit d'enfer aux urgences à cause d'un rein capricieux.
On me prend les constantes qui sont si souvent variables... Bingo ! J'ai de la fièvre sans même m'en rendre compte !
Mon archange Gabriel, mon Interne est bien embêté. Sans compter qu'aujourd'hui il est tout seul a assurer le service. Cure ou pas ? Quels antibios dans le cas d'une dératée ? Il faut qu'il demande l'avis des spécialistes. J'attends de longues heures le verdict...
Heureusement, en face de moi, il y a Pépé perfusé pour deux heures. Pépé vient de fêter ses 80 ans. C'est un vrai parisien de toujours pourtant installé depuis longtemps en Gironde.
Et le miracle se produit. Il lève ses petits yeux sur moi et annonce :
"L'autre qui est mort, c'était un pote à moi !
- Qui ?
-Et bien Johnny Hallyday !"

Là, mon instinct curieux et de vieux réflexes d'intervieweuse refont surface. S'en suit un pur moment délirant, croustillant et prenant. C'est du lourd. J'annonce la couleur en riant :" Racontez-nous, je pourrais vendre cette entrevue comme disent les cousins, à Voici et compagnie ! " Toute la  salle est suspendue aux lèvres de Pépé.
"On était de la bande de la Trinité à Paris. Il avait 15 ans. J'avais 20 ans. Il était beau mais très timide. Il attirait les filles pour nous...Y avait aussi E. Mitchell et Dutronc qui travaillaient dans des banques. Dutronc, c'était le plus beau avec ses beaux yeux...
Johnny lui, il était différent de nous. Il nous faisait honte quand il venait nous chercher au boulot dans ses habits de cow-boy à franges et sa guitare..."
Je n'ai pas besoin de relancer Pépé tant ses souvenirs défilent.
"Bon, Johnny, il a tout essayé. La drogue et les mayonnaises..."
Un peu gêné, Pépé nous fait comprendre à demi-mot qu'une mayonnaise est une partouze.
Sexe, drogue et rock'n'roll évidemment...
Je passe volontairement sur les détails les plus croustillants et diffamants car Pépé a la dent dure. Le privilège de l'âge sûrement.
Je relance.
"Et Sylvie Vartan ?
Bof, elle était amoureuse..."
Soudain ses yeux brillent : Le Golf  Drouot vient de renaître. Ce bar que la bande fréquentait. C'était chaud et Johnny toujours le premier à casser des chaises.
"Vous avez connu Vince Taylor ?
- Oui, lui, il était bon ! Le meilleur que j'ai vu c'était Bill Halley !".
Je n'en crois pas mes oreilles. Un vieillard connaît Vince Taylor, le magnifique et me raconte en direct, la naissance du rock français ! Merci en triple exemplaire Pépé.
"Quand il a commencé à être célèbre, vous vous êtes revus ?
- Non, je ne l'aimais pas ! Moi, je me suis marié. Ma femme m'a toujours dit de le contacter. Mais non..."
Ma tête s'embrouille et me fatigue... la fièvre. Pépé lui aussi est fatigué mais  il a l'air heureux  de ce fabuleux bond en arrière.
Ma vie est passionnante jusqu' aux endroits les plus lugubres.
Bon, la prochaine fois, je prends des notes...

2 commentaires:

  1. Excellent et super bien raconté (par toi). Fais-en un bouquin, de ce Chéri-Chéri et ses à côtés! Qu'au moins il te rapporte des sous, après t'avoir retiré la rate. Bon courage et mille bises Sophie.

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L'ultime combat...

Amis.es fidèles lecteurs.trices, ceci est mon dernier post de mon blog Chéri-Chéri. Oui, j'essaie l'écriture inclusive comme un défi...